En fait, je suis « consultant en marketing digital »

9 août 2016
En fait, je suis consultant en marketing digital

Le débat dure depuis de nombreuses années : faut-il parler de numérique ou de digital ? Jusqu’à présent, je pensais qu’il était faux d’employer le terme « digital ». Lorsque je tombais sur toutes ces « agences en communication digitale » et autres « consultants en marketing digital », je rigolais doucement en pensant : « mais quelle bande de nazes… ». Je viens de changer d’avis et voici pourquoi.

 
 

Le monde change, et ses vecteurs de communication aussi. Parmi eux, il y a évidemment nos langues. Celles-ci sont vivantes, évoluent d’année en année, d’époque en époque, et s’adapte finalement au « style » de notre société. Dernièrement, le débat a fait rage sur la suppression de l’accent circonflexe de certains mots. Et il y a fort à parier que d’autres évolutions sont à venir dans les prochaines décennies.

Lorsque le web a commencé à se démocratiser et que les premiers jobs web ont commencé à apparaitre, on parlait de métiers « numériques ». Au départ, « numérique » signifie « représentation par des nombres ». On oppose ainsi le calcul numérique (l’arithmétique) au calcul littéral (par lettres, ou algèbre). Au gré de la progression de l’informatique dans nos vies, le terme « numérique » s’est vu utilisé pour qualifier le fonctionnement binaire des premiers ordinateurs et logiciels. Tout allait bien.

Puis, rapidement, quelqu’un a voulu sortir du lot et s’inspirer de nos confrères anglophones. Le digital était né. Et comme un effet boule de neige, une bonne partie des experts du métier a commencé à utiliser ce terme : « agence de publicité digitale », « digital marketeur » et autre « consultant digital » ont vu le jour un peu partout.

Or, pour moi, « digital » signifie « avec les doigts ». Et vous conviendrez que « agence de communication avec les doigts », c’est rigolo mais ça ne veut pas dire grand chose. Le débat a commencé à faire rage, si bien que l’Académie Française a elle-même pris position : « on se gardera bien de confondre ces deux adjectifs, qui appartiennent à des langues différentes. »

Fuck off! ont rétorqué nos chers publicitaires prouteux, avides de poursuivre leur frime face à leurs prospects et clients. Le digital a donc continué son petit bonhomme de chemin, alors que je m’y refusais toujours.

Jusqu’au jour où je suis tombé sur une interview d’Anthony Mathé, docteur en sciences du langage et en sciences de la communication (pas rien donc) : « De toute façon, l’Académie Française est prescriptive, normative et a un dent contre les anglicismes et toute forme de néologisme. Il faut se rappeler qu’il y a quelques années ils préconisaient d’utiliser le néologisme vacancelles pour remplacer le terme anglais week-end . D’un ridicule sans nom… Si vous parlez d’un site web ou d’une application mobile, je suppose qu’il convient plutôt de parler d’expérience digitale, de dispositif digital, ou encore d’innovation digitale, plutôt que de dispositif ou d’expérience numérique. »

Bam. Quand un docteur en sciences du langage vous affirme qu’il faut savoir évoluer, cela fait forcément réfléchir. Ne faudrait-il pas tout simplement accepter cet abus de langage, devenu évolution de langage ? Finalement, dans notre quotidien, n’utilisons-nous pas d’autres anglicismes comme backstage, burnout, flyer, prime time, firewall, email ? Ok, ces termes-là, à l’inverse de digital, ne signifiaient pas initialement autre chose… Mais refuser catégoriquement l’usage d’un mot ne risque-t-il pas de créer un décalage avec le marché qui lui, ne se questionne pas et évolue comme il l’entend ?

Certes, vous pourrez me dire qu’un consultant digital peut aussi se présenter comme un consultant webmarketing, mais au final, il s’agit également d’un anglicisme ! En refusant l’emploi du terme digital, alors que je croyais avoir une conviction forte et logique, j’ai surtout risqué une mise à l’écart de mes prospects… Comment un prospect, qui lui ne se questionne pas sur cette problématique, va me trouver sur Google si le terme digital n’apparait pas sur mon site ?

Allez, n’en parlons plus, je suis donc un consultant freelance en marketing digital.